Avant même l'investissement complet de Paris qui survint le 18 septembre 1870, l'artillerie des forts de la capitale étant notablement insuffisante, la Marine fit venir des ports 183 canons de 16 cm à chargement ou non par la culasse et 23 canons de 19 cm à chargement par la culasse. Un canon de marine de 24 cm à chargement par la culasse, qui était alors en expérimentation à Vincennes, fut par ailleurs envoyé au fort du Mont-Valérien.
Parmi les positions tenues par des marins pendant le siège de Paris, au bastion 40 du 4e secteur (entre la porte de Saint-Ouen et la porte Pouchet, 17e arrondissement), les marins servirent un canon particulier appelé La Joséphine. Ce canon de 19 cm était monté sur un affût ingénieux, inventé par le vice-amiral Labrousse. Cet affût transformait le mouvement de recul de la pièce en un mouvement de descente, lequel était modéré par des ressorts. La pièce pouvait ainsi être chargée en position inférieure, à l’abri. Pour tirer, il suffisait de relâcher les ressorts qui permettaient la remontée du canon en position de tir ; en dépit du mouvement, il avait conservé ses éléments de pointage.
C'est cette pièce particulière qui est ici représentée par Guiaud et Decaen (collection des musées de la ville de Paris).

Ce canon particulier fit l'objet de plusieurs photographies reproduites sur des cartes postales plusieurs décennies après les événements, comme celle ci-dessous de la collection du Service historique de la Défense à Vincennes. Il faut dire qu'il était capable avec 8 kg de poudre d'envoyer un obus de 52 kilos à 8 kilomètres avec une élévation de près de 30°, ce qui impressionnait beaucoup à l'époque. Les marins le créditait même d'une portée maximale de 10 kilomètres avec une élévation de 45°.
Cependant l'effacement d'une part de la mémoire du siège de Paris est sans doute la raison pour laquelle on confondit la Joséphine avec la formidable pièce de 24 cm qui fut installée au Mont-Valérien. Cette dernière avait des performances encore plus considérables. Elle aurait été baptisée Marie-Jeanne.
On voit ci-dessous les servants de la Joséphine, et non de la Marie-Jeanne, sous les ordres d'un officier.

Evoquons brièvement les uniformes de ces marins.
S'agissant de l'officier ci-dessus à gauche, visiblement capitaine de frégate (galons de deux nuances différentes), nous pouvons constater qu'il ne porte pas le caban à brandebourgs et à capuchon introduit en 1948. Ce caban ne portant pas les marques de grade, il ne peut s'agir de cet effet. Il est vraisemblable que ce capitaine de frégate soit vêtu d'une capote d'infanterie de la marine ; les galons y sont disposés sans espace entre le 3e et le 4e, comme il était de mise jusqu'en 1876.
Le chef de pièce, prêt à ouvrir la culasse de la pièce, est un second maître, reconnaissable à son galon à lézarde or. Rappelons que jusqu'en 1903, avec le port du caban et du bonnet en tenue de travail, les seconds maîtres n'étaient pas loin de ressembler aux quartiers-maîtres et matelots, galons mis à part.
Dernier point, les houppettes (pompons) des bonnets paraissent très petites et bien entendu pas quasi-sphériques ou quasi-hémisphériques comme plus tard. Le 27 mars 1858, cette houppette a été décrite de la manière suivante : "Cette houppette se compose de 150 brins de fil ; sa hauteur est de 65 mm. Elle est serrée à 20 mm de sa base par un brin de fil noir, qui sert à maintenir les brins et à former tête de gland."
On est bien loin de cette houppette reconstituée sur un bonnet 1858 récemment vendu aux enchères...

Voici une autre vue, manifestement prise le même jour, due à Disdéri et reproduite dans l'ouvrage L'invasion, le siège, la Commune.

On pourra retrouver les marins du siège de Paris dans l'ouvrage à paraître en fin d'année La Marine et les marins dans la guerre de 1870 (https://www.marins-traditions.fr/ouvrages-de-l-auteur).
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